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Tout sur ma mère, surmonter le dueil grâce à l'art

Almodovar a perdu sa mère. Figure centrale de ses films, et de sa vie sans doute, on imagine la difficulté à surmonter le dueil. Il emploiera dès lors le cinéma comme un moyen de rédemption, comme pour exorciser tous ces démons. « Todo Sobre Mi Madre », « Hable Con Ella », « Volver » en témoignent, chaque fois de manière différente.

Le cas de Tout Sur Ma Mère m’intéresse particulièrement. Il met en scène Manuela, une femme qui perd son fils. Accablée de douleur, elle finira par accepter le dueil après avoir cherché la rédemption durant tout le long métrage. Cela par deux moyens importants : un retour vers le passé, et une fuite dans l’art.

Retour vers le passé, thème fondamental de l’ami Pedro, qui partage cela avec par exemple le Sergio Leone de « il était une fois en Amérique » ou Clint Eastwood.  Ici Manuela avait eu son fils Esteban avec un homme qui vit à Barcelone et est devenu transexuel. Manuela va alors quitter sa ville de Madrid pour partir à Barcelone affronter ce passé, personnifié par le personnage de « Lola ».
Il y a de la même façon le personnage de Rosa qui a abandonné ses parents et les retrouvera à la fin en acceptant leurs différences respectives. Manuela qui devient d’aillleurs une sorte de mère de substitution pour Rosa.

La rédemption artistique, par ailleurs, me touche encore plus. Manuela avait rencontré le père de son enfant en jouant au théâtre le rôle de Stella dans « un tramway nommé désir ».  Elle verra à Barcelone une troupe rejouer cette pièce, elle ira y rencontrer l’actrice interprète de Stella (et « cause » de la mort d’Esteban). Les plus belles scènes du film sont là : on voit la pièce interprétée et puis Manuela la spectatrice qui récite les répliques, et puis encore après Manuela remonter sur scène pour jouer ce rôle qu’elle connaît par cœur. Mise en abyme, et superbe manière de la part d’Almodovar de représenter ses références culturelles.

De la même manière, le personnage d’Agradezco ira aussi se libérer de ses démons en montant sur scène vers la fin lorsque la pièce est annulée. Elle fera alors un monologue bouleversant en se moquant d’elle-même et de toutes les transformations qu’elle a fait subir à son corps.

J’adore voir dans les films d’Almodovar plusieurs arts différents s’entre-mêler. Le théâtre ici, la danse puis le cinéma muet dans « Parle avec elle » ou encore la chanson dans « Volver ». Et je suis tombé par hasard sur un lien passionnant où se conjugent le cinéma et la poésie. Une rencontre entre Pedro Almodovar et Charles Baudelaire !
Une classe de lycée a rédigé comme travail plusieurs poèmes en prose, chacun essayant d’exprimer les tourments habitants l’un des personnages du film.
Dans chaque texte, une citation du recueil « le spleen de Paris » de Baudelaire.

 http://www.clermont-filmfest.com/03_pole_regional/lyceens08/almodovar/poemes.html

Almodovar et Baudelaire, deux artistes que j’admire, et il m’était impossible de ne pas essayer de moi aussi  me prendre au jeux !

Cecilia Roth. Collection Christophe L.

Sans lui je ne suis plus personne
Vite, fuir cet immonde destin
Je pars ailleurs, au plus loin
Adieu Madrid, hola Barcelone

J’admire déjà les lumières catalanes
Et les belles nuits, univers rassurant
Que j’aime que tout soit différent
Il me faut retrouver Esteban

Ah que j’aimerai remonter le temps
Comme hier tout parait sécurisant
Vivons le passé, adieu le présent ?
Hier comme je me sentais vivant !

La lumière vient de mon hier
C’est en elle que je peux viser demain
En elle que je reviendrai sur terre
Que je vivrai à nouveau en humain

Le passé est mon philtre, mon vin
C’est en lui que je noie ce vieil ennemi
Ce n’était pas une fuite en vain
Je souris à niveau aujourd’hui

Je peux enfin revenir chez les vivants
Encore un peu morte, sans doute
Mais je peux continuer ma route
Et à nouveau aimer un enfant


(la passé est mon philtre, mon vin, en lui se noie ce vieil ennemi est emprunté à Baudelaire, « le poison » dans les fleurs du mal -écrit de mémoire, pas vérifié-)

Cecilia Roth et Eloy Azorin. Collection Christophe L.


 
Tout sur ma mere
Réalisé par Pedro Almodóvar
Avec Cecilia Roth, Marisa Paredes, Candela Pena, ...
Année de production : 1998
Dead Man, l'artiste est un mort vivant ?

Dead Man de Jim Jarmusch est un film complètement unique en son genre, même s’il fait souvent référence à toute une série de mythologies. Dans cette œuvre, presque chaque élément peut se lire de plusieurs façons. Il y a donc d’infinies possibilités d’analyser ce film, même si souvent il faut justement renoncer au rationel pour se laisser porter par les sentiments,comme dans tout film de Jarmusch. Après l’avoir vu deux fois et médité assez longuement, j’aimerais proposer trois éléments pour tenter une lecture du film, lecture subjective et en aucun cas absolue !

Jim Jarmusch est l’une des icônes du cinéma américain indépendant L’un des meilleurs exemples de réalisateurs ayant réussi à trouver reconnaissance tout en étant clairement en marge par rapport à l’industrie hollywoodienne. Ce « Dead man » pourrait en être le parfait témoignage. J’y reviendrai.
Je voudrai d’abord évoquer le grand genre tellement représentatif du cinéma américain, le western.
Genre que Jarmusch va prendre un malin plaisir à se réapproprier en faisant tomber tous les codes.

Sans faire un résumé complet de chaque référence que l’on pourrait s’amuser à trouver dans le film, voici quelques exemples assez représentatifs. Le film commence dans un train rempli de personnages qui semblent sortir d’un film de John Ford. Seul Johnny Depp fait figure de marginal, avec un costume, des lunettes, une malette. Il faut attendre 5 minutes 17 seconde selon mon lecteur DVD pour entendre la première phrase. De longues minutes de silence au début d’un film, où tout passe par les regards. Le modèle visé est plus que probablement « il était une fois dans l’ouest » de Sergio Leone.

Le personnage central incarné par Johnny Depp, William Blake, arrive par après dans la ville de Machine. Il parcourt la rue centrale en observant tous les lieux habituels à ce genre (saloons, …).
Il est venu là pour trouver un emploi, chez un certain Dickinson. Ce personnage est incarné par Robert Mitchum, acteur emblématique du western. Son portrait se trouve dans son bureau, pour insister sur ce statut de légende. Mais l’acteur est vieux désormais, et semble usé. Le western, un genre mort ?

William Blake semble un instant se présenter comme un faux héros de western, un anti-cow boy. Il a besoin de trois balles pour tuer celui qui le menaçait de mort.
On va ensuite voir apparaître le personnage de l’indien. Et cet homme ira à l’encontre de tous les clichés en se montrant bon, philosophe, et même bon vivant.
Ce personnage a pour nom « personne ». La référence va alors premièrement au film « My Name Is No body ». Mais l’on pourrait aller plus loin à mon sens. En effet, le film de Valerii et Leone faisait lui-même référence à un mythe plus ancien. Dans l’Odyssée d’Homère, lorsque Ulysse et ses hommes se retrouvent face à un cyclope et que celui-ci demande leur nom, Ulysse répond par ruse qu’il se nomme « personne ». Cela lui sauvera la vie car plus tard le cyclope appellera à l’aide en criant « au secour personne me tue ». Qu’Est-ce que cela voudrait dire dans le film ici ? Peut être que le western est un genre typiquement américain mais qu’il reprend certains schémas présents depuis toujours dans les mythologies humaines ? Je rappelle que l’Illiade et l’Odyssée sont les toutes premières histoires qui nous sont parvenues par écrit ! 

Johnny Depp. Collection Christophe L.

Jarmusch s’attache donc à « démythifier » le western, à montrer que ce genre n’existe plus en tant que tel aujourd’hui. Il montre un caîd qui dort avec son nounours. Il montre un duel final entre un indien et un cow boy mais s’y attache à peine, et le filme de très loin. Jarmusch n’est pas un réalisateur de western traditionnels et manichéens, lui il prend du recul et regarde ça de loin, de par la mer, de par la barque où William Blake se meurt.
Cette mer loin de tous les modèles vus jusque là peut symboliser une nouvelle voie à trouver pour que le western trouve un nouveau regard.
Personellement, cela m’au aussi fait repenser au film de John Boorman « excalibur » SPOILERS lorsque le roi Arthur meurt seul dans une barque sous un soleil rouge.

Nous pouvons donc dire que Jarmusch s’est attaché à ressusciter puis à faire mourir tous les ingrédients du western traditionnel, mais il a aussi cherché à trouver d’autres références (antiquité, moyen age).
Peut-on alors penser à un message plus universel, plus intemporel ? Pourquoi pas !
Il me semble que la quête de William Blake est d’effectuer un voyage dans deux différentes sociétés. La société humaine et la nature. Par là, nous pouvons voir une réflexion intéressante sur l’Amérique en elle-même.

Dead Man nous présente un portrait fort peu réjouissant de l’Amérique à travers la ville de Machine. William Blake dépense tout son argent pour un voyage dans cette ville afin d’y trouver du travail et de réussir. Exactement comme beaucoup d’immigrés venus aux USA attirés par le « rêve américain ».
Blake découvre alors une société qui est tout sauf ce rêve qu’il avait en lui. Un monde où règne le vice, la violence. Blake va dormir avec une fille et découvre une arme sous son oreiller. Pour seule explication la jeune dame dira « We’re in America ». L’amérique un monde où l’individu est écrasé sous la masse : Blake est ridiculisé lorsqu’il se présente pour l’emploi. On se croirait dans « le procès » de Kafka. L’Amérique, un monde où il faut s’entretruer pour réussir à s’imposer.

Blake va par après découvrir un autre univers, opposé, celui de la nature. Il passe du monde des cow-boys à celui des indiens. Et il semble évident pour Jarmusch que cet univers convient d’avantage à son personnage. C’est un monde presque onirique, où l’indien déclare que les pierres lui parlent. Un monde dans lequel William Blake se sent bien mieux, où il s’émeut lorsqu’il aperçoit le cadavre d’un chèvrefeuille, et puis qu’il constate que le même sang coule dans ses veines comme dans celles de l’animal. J’ai souvent repensé à l’une des meilleurs chansons de U2, « where the streets have no name ».
I want to tear down the wall that hold me inside i want to reach out and touch the flame, where the streets have no name »
Mais la fin du film viendra nuancer tout cela, car l’indien ramène Blake dans une sorte de nouvelle Machine. Finalement, lorsque l’indien et le cow-boy se batte, c’est un peu aussi le combat des deux univers. Et là aussi, finalement, Jarmusch se positionne très loin des deux, seul dans sa barque.

Un dernier élément, toujours lié, et peut être le plus important de tous, me semble devoir être décrit.
On peut également voir Dead Man comme une métaphore du système hollywoodien, et Blake est une fois encore l’alter ego parfait du réalisateur indépendant. Et de façon plus universelle, il peut se voir comme symbole de l’artiste maudit. L’artiste qui refuser de se soumettre au travail commercial, et doit souffrir de ne pas être compris de ses contemporains. William Blake est d’ailleurs un poète et un peintre ayant réellement existé. Et puis le film commence avec une citation (anecdotique) « il est préférable de ne pas voyager avec un homme mort » dont l’auteur est Henri Michaux. Michaux est un poète et écrivain belge qui, à l’instar de Jarmusch, ne peut être réduit à aucune catégorie précise, et aura tenu à garder toujours une aura mystérieuse et différente des autres.

Très vite nous voyons que William Blake est différent des autres, lui aussi. Habillé différemment, le seul à porter des lunettes, il nous semble directement étranger. On voit par après qu’il n’est pas réellement à sa place dans ce monde. Il tremble lorsque tous les voisins du train tirent sur du gibier.
Cela peut s’interpréter de multiples façons. Pourquoi pas en pensant que toute la civilisation de Machine représenterait le cinéma hollywoodien fait de blocbusters ? Et William Blake serait Jim Jarmush, celui qui n’est pas à sa place dans ce monde ? L’artiste maudit car il ne peut se soumettre à cette industrie ?

Le mythe de l’artiste maudit m’a surtout frappé par une scène précise entre Personne et William Blake. Il lui donne un fusil en lui disant « cette arme remplacera ta langue, tu dois écrire avec ton sang ».
L’image est d’une énorme puissance, je trouve. On imagine un poète qui est obligé de se faire souffrir pour créer, de se faire saigner pour ensuite transformer ce sang en or, via l’œuvre d’art.

J’ai alors envie de lier ce propos avec un très beau texte d’Alfred de Musset, « la nuit de mai ». C’est le poème qui contient le célèbre vers : « les chants désespérés sont les chants les plus beaux , et j’en connais d’immortels qui sont de purs sanglots » Musset emploie après la métaphore du pélican qui quitte son nid pour aller chercher de la nourriture à ses enfants, mais n’en trouve pas. Il revient alors vers eux et chûte à leur pied, meurt, afin que son corps puisse leur servir de nourriture. De la même manière, on peut dire que le poète doit sacrifier sa vie pour pouvoir écrire de grandes œuvres. Une vie malheureuse contre une belle écriture. Ecrire avec l’encre trouvée dans son propre sang.

Un autre plan peut être cité, à peu près au même moment, lorsque Personne voit William Blake et que tout d’un coup à sa tête est substitué un crane de squelette. Un plan d’une seconde, mais dont on peut parler des heures. Lien avec le titre, « dead man » ? L’artiste obligé d’avoir une vie misérable,incompris pour après passer à la postérité ? Accepter de mourir pour finalement devenir immortel car les œuvres survivront ? Peut être Jarmusch accepte-t-il de ne pas être reconnu à sa juste valeur de son vivant, mais espère secrètement que l’on regardera encore ses films bien après sa mort. Nietzsche disait « les grands hommes naissent posthumes ». Jarmusch a peut être réussi à l’illustrer en virtuose. L’artiste comme un mort vivant !

Je voudrais rappeller qu’il ne s’agit là que d’une proposition de lecture de Dead Man, qui reste un film totalement libre d’interprétation !
Johnny Depp. Collection Christophe L.

 
Dead Man
Réalisé par Jim Jarmusch
Avec Johnny Depp, Gary Farmer, Lance Henriksen, ...
Année de production : 1995
10 bonnes raisons de découvrir "c'est arrivé près de chez vous"

1° parce que c’est du belge une fois !

J’assume tout à fait cette poussée de chauvinisme dans la première des raisons qui fait sans doute que j’apprécie « c’est arrivé près de chez vous ». Oui, c’est subjectif mais je pense que vous allez me comprendre. En effet, le cinéma dans mon plat pays n’est pas fort fort riche en productions cinématographiques ! Le cinéma belge est très méconnu, et il est compréhensible qu’aux yeux du monde il ne représente rien du tout. Nous, les belges (francophones en tout cas), nous voyons soit du cinéma français soit du cinéma hollywoodien (pour bien caricaturer !). Et on considère parfois les productions belges comme faisant partie du cinéma de France. Je ne dis pas que c’est mal , attention ! Mais ce que je voudrais dire, c’est qu’en cette belle année 1992, un long métrage arrivé sur la planète Terre a enfin réparé cette injustice ! Enfin, un film allait avoir une identité belge ! Et belge à 100% ! L’esprit d’auto-dérision, sans le moindre complexe, les accents, les rues, la nourriture… tout cela respire notre Belgique à plein nez et c’est peut être le seul exemple de ce type vraiment connu à l’étranger. Récemment, on a pu revoir un peu de cela , mais à un niveau bien moindre, dans le très drôle « Dikkenek ». Alors voilà , traitez de moi de nationaliste si vous voulez, mais je suis heureux de vous présenter un « Echte film van bij ons ! » , c’est-à-dire en Bruxellois approximatif , « un film bien de chez nous » ^^

2° parce que c’est culte

« C’est arrivé près de chez vous » est sans doute le film belge le mieux connu à l’étranger. La renommée internationale, mondiale de ce petit film de fin d’études est sans précédent pour notre patrimoine. La légende est connue : petit film présenté à Cannes en 1992, pour la semaine de la critique, sans la moindre information et pour une séance de minuit , il est rapidement devenu l’un des phénomènes du festival, que tout le monde voulut découvrir à tout prix ! Et la réputation du film tient beaucoup à la violence que beaucoup ont dénoncé. Je pense pouvoir dire que le film du trio Poelvoorde-Belvaux-Bonzel a réellement marqué l’histoire du cinéma, à un petit niveau certes, mais cela est je crois un fait objectif. Des personnalités du monde entier le vénèrent, et il a marqué entre autre Georges Clooney ou Quentin Tarantino. D’ailleurs, son film « réservoir dogs » est sorti à peu près en même temps. Employer l’humour par rapport à la violence, voilà quelque chose d’incroyablement novateur, je crois, pour l’époque.

3° parce que c’est un miracle artistique !

Combien de fois j’ai rêvé de me lancer dans l’aventure du cinéma ! Mais chaque fois ou presque je me suis forcé à retomber les pieds sur terre en me disant que ce sera très difficile, faute de budget. Cela est très courant en Belgique, où l’on ne parvient pas à trouver les fonds pour financer nos talents. A ce niveau -là , « c’est arrivé près de chez vous » constitue peut être l’un des meilleurs exemples de toute l’histoire de l’art pour illustrer que la passion et le talent peuvent vaincre de tout ! Un exemple au même titre que « le projet blair witch » par exemple.

En effet, et cela n’est pas assez dit : CAPDC n’aurait JAMAIS dû voir le jour ! Il faut savoir que c’était à la base le film de fin d’études de Rémy Belvaux, et il a appelé deux potes en leur disant : « on va faire un vrai film, juste à nous trois ! » . Pas le moindre budget, aucune maison de production, aucune autorisation de tournage, des dialogues improvisés, des acteurs tous amateurs et jouant gratos, ils ont fouillé les poubelles des studios pour trouver des pellicules… bref personne n’a encore compris comment ils ont fait pour le terminer, ce film ! Un miracle, je vous dit, à vous redonner foi en l’humanité !!

4° parce que c’est d’une audace jamais vue ailleurs !

Le parallèle avec Tarantino est évident, dans la présence de l’ironie pour montrer des choses choquantes, dérangeantes. L’humour noir de CAPDCV va encore plus loin et va peut être plus loin que tous les autres. Et je me permet de citer Nico alias Scorsesejunior, qui m’a fait un énorme plaisir en reconnaissant dans sa critique que jamais un tel scénario n’aurait pu aboutir dans le cinéma de France !

Il faut dire que le fait que ce soit un film indépendant permet de n’avoir aucune censure. Les auteurs en profitent pour montrer tout ce qu’ils n’aiment pas dans la morale bien pensante ! On a rarement vu une telle brisure de toutes les règles du cinéma ^^. Le personnage de Poelvoorde est un sérial-killer qui n’a pas le moindre remords, qui emploie son humour pour se moquer de tout et de tout le monde, sans épargner personne. Il est anti femme, anti vieux, anti musulmans,anti enfants, anti tout. Il est raciste, surtout. Il tue un noir mais refuse de toucher à son cadavre par peur de choper le sida. Il court derrière un gosse dont il vient de tuer les parents en lui criant « revient gamin c’était pour rire ! ». Ben reste néanmoins un personnage nuancé, entre autre grand connaisseur de l’art, et apparemment tolérant envers les homosexuels. Mais j’en reparlerai

Il est donc nécessaire de prendre ce film au millième degré, et de ne pas mettre ce film aux mains des âmes sensibles.

5° parce que mine de rien c’est vachement intelligent

Le scénario de ce film de dingue s’est légèrement inspiré d’une émission qui passait alors à la télévision belge : « strip tease » . Cette émission clairement voyeuriste montrait la vie privée de certaines personnes un peu marginales, en insistant sur les aspects insolites de leur quotidien. L’émission avait du succès, preuve de la fascination du grand public pour la « souffrance » des autres. Nos trois compères avaient bien compris cela, et ont extrapolé pour trouver une histoire extraordinaire : une équipe de tv suit les journées d’un sérial killer, qui leur explique sa vie, ses techniques pour tuer, ses victimes favorites, etc..

Et naturellement, le spectateur est fasciné par cette vie ! Le voyeurisme est amplifié, et l’on peut sans aucun doute parler de film précurseur de ce que sont aujourd’hui les télés réalités. Les auteurs critiquent par là les médias qui aujourd’hui recherchent la souffrance, le reportage tire-larme, le voyeurisme. Mais le spectateur en est aussi responsable, c‘est ça qui est terrible… et d’ailleurs les journalistes finissent par participer aux meurtres, devenant eux-même acteurs de ce qu’ils veulent dénoncer !

6° parce que c’est une réalisation très réussie, mine de rien.

Comme dit plus haut, « c’est arrivé près de chez vous » est un OVNI qui casse tous les codes possibles. La réalisation suit à peu près ce chemin. Le parti pris est de filmer comme si c’était un documentaire. On rejoint le principe de l’émission tv « strip tease ». Un film-documentaire donc, du cinéma vérité ! Et pourtant, immense paradoxe, rien n’est réaliste dans ce film. Et pourtant tout est fait pour donner l’illusion d’une vérité. C’est bien simple, on pourrait croire que quelque un vient de trouver la cassette du film dans la caméra et l’insère dans son lecteur, sans le moindre montage, ou presque, mais en tout cas tout est filmé avec la même caméra et dans l’ordre chronologique. L’originalité est là, mais aussi à l’intérieur du film. Poelvoorde sait qu’il est filmé, et du coup il brise sans cesse le fameux quatrième mur pour s’adresser directement à la caméra, ou plutôt au caméraman. Il donne des conseils de réalisation, il devient de plus en plus intime avec l’équipe tv. La réussite est aussi simplement technique : certaines scènes sont de très longs plans séquences , filmés à chaque fois caméra à l’épaule, avec plusieurs séquences marquantes qui s’enchaînent. On retrouve l’une ou l’autre originalité où l’on quitte le cadre du cinéma documentaire (le rêve de Ben sur la plage, le retour en arrière puis le ralenti, …). CAPDCV, une expérience cinématographique en soi , malgré le budget inexistant.

7 ° parce que Benoit Poelvoorde était le seul au monde à pouvoir incarner ce personnage

Premier vrai rôle au cinéma pour notre Ben national, et sans doute à jamais le rôle de sa vie ! Tout le film repose sur ses épaules, et il devient tout simplement l’un des personnages les plus mémorables de ma cinéphilie ! Il fait preuve d’un charisme à tout épreuve et d’un phrasé unique au monde. Il n’y a pas à dire : impossible de ne pas s’attacher à lui, et pourtant on le voit faire des choses horribles et dire des phrases qu’on ne pardonnerait à personne d’autre. Ce rôle sur mesure lui permet de se lâcher totalement dans son cynisme, son humour dégoutant. Une performance en or qui lui a permit de connaître la carrière qui est la sienne ! Mais même si il est tout le temps devant la caméra, il ne faudrait pas croire que les autres acteurs n’existent pas. Même amateurs, même maladroits, les seconds rôles sont également attachants. Il y a Rémy, le timide réalisateur, Malou la gérante du bar, les femmes de la vie de Ben, et puis je ne peux résister à évoquer mon coup de cœur pour le malade voisin de chambre de Ben à l’hôpital, qui passe ses journées à chanter et à chier ! Une scène que j’ai vue 30 fois, et toujours avec hilarité !!!

8° parce que les dialogues reviennent sans cesse dans ma vie

A force de voir et de revoir cette bombe, j’ai fini par connaître par cœur une grande partie des dialogues, et j’ai souvent eu envie de les ressortir dans diverses situations du quotidien. Souvent provocateurs, quelquefois poétiques, la qualité d’ écriture (ou d’improvisation) de ce film m’a toujours époustouflé. Je crois qu’on doit être à 10 répliques mémorables par minute

Pour ceux qui l’ont vu, je ne résiste pas à en remettre deux ou trois qui me viennent à l’esprit

-une larme de gin, une rivière de tonic, et puis … la petite victime, composée d’une petite olive, d’un petit morceau de sucre, et d’une petite ficelle. Et nous avons… le petit Grégory !

-des vieux pauvres, j’en connais pas ! Avares oui, hein, mais pauvres non

-si t’es pas jolie, tâche au moins d’être polie !

-Tu vois ce mur ? Une fois j’y ai coulé deux maghrébins , mais attention, je les ai tournés vers la mecque !

9° idem mais avec les scènes cultes

Oui bon quelque part c’est lié avec les dialogues, mais voilà ça reste un film de cinéma et malgré les petits moyens ce sont des scènes qui restent ancrées à jamais dans la mémoire, et parfois sans dialogues.

Aller voici sans doute les trois scènes que je remate avec le plus de plaisir (lisez pas si vous avez point vu le film attention )

1 => les trois innocents : ça commence avec une référence à Philippe Noiret , ça continue en poursuite d’un enfant et ça se termine par une discussion philosophique sur les problèmes du kidnapping !

2 => le malade qui se chie dessus toute la journée et qui chante gaiement , pour le grand bonheur des infirmières

3 => Ben bourré chez Malou, qui raconte des conneries dans le bar avant de sortir dans la rue chanter, puis d’inviter ses amis à faire la « ronde de nuit »

Et tellement tellement d’autres… j’ai bien envie de vous refaire tout le film

10 ° parce que ça a des répercussions sur la vie après

Ce n’est pas une vraie raison mais voilà , elle est sincère : beaucoup de choses ont été engendrées par ce film par après. J’ai voulu découvrir et j’ai beaucoup aimé « le vieux fusil », j’ai préparé et bu le fameux petit Gregory (pas super délicieux mais ce n’est que mon avis ^^), j’ai rejoué des scènes entières du film avec des potes, bref en un mot comme en cent, le film a continué à exister même lorsque je ne le regardais pas !!

Allez merci d’avoir perdu votre temps à lire ces petites improvisations, je vous laisse maintenant car je vais le revoir pour la centième fois J

 

 
C'est arrivé près de chez vous - ma note pour ce film :
Réalisé par Remy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde
Avec Benoît Poelvoorde, Jacqueline Poelvoorde Pappaert, Nelly Pappaert, ...
Année de production : 1992
"revolutionary road", Sam Mendes victime d'American Beauty ?

Affiche américaine. DreamWorks Pictures

(cet article est dédié à Yass avec qui il y aura un grand débat par le moyen des commentaires !)

« les Noces rebelles » faisait partie sans conteste des films les plus attendus de ce début d’année. Sam Mendes, le réalisateur sur qui plane beaucoup de promesses, réunit en effet le couple mythique de Titanic, Leonardo Di Caprio et Kate Winslet (qui accessoirement est madame Mendes …).

A la vue du synopsis, difficile de ne pas penser au fameux Amercian Beauty, film culte de la fin des années 90, celui qui a propulsé Mendes au rang des plus grands espoirs du vingt et unième siècle. Le film parle à nouveau de l’Amérique et de son illusion de bonheur matérialiste, de la famille et des choix cruels qu’elle a à faire, mais cette fois-ci la thématique est centrée sur le couple. Cela ne me gène pas de voir un réalisateur traiter plusieurs fois du même thème, si il parvient à se renouveler à chaque fois (exemple : Hitchcock, Allen,…). Concentrer la réflexion sur le couple est une bonne idée, j’ai apprécié le dévellopement de cette thématique et je pense que le scénario de ce film est réellement excellent. Ce que j’ai moins aimé, c’est que Mendes a voulu, à mon sens, faire une version réaliste d’American Beauty. Et j’ai du mal à accepter cette mise en scène froide, plate, bavarde.

Mais développons plus largement tout cela.

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks Pictures

Commençons par les qualités.

Je le répète, le scénario de Revolutionnary Road est passionnant. Sam Mendes a utilisé une phrase que j’aime beaucoup dans une inteview : « C’est l’histoire de gens qui un beau matin se réveillent et se rendent compte qu’ils ont une vie normale »

Cette idée est réellement marquante, et je trouve, terriblement dramatique, car terriblement réelle. Elle peut toucher chacun d’entre nous, nous qui nous faisons également des illusions sur la vie, sur le couple, sur le bonheur. Et nous aussi, qui , peut être, un jour, devrons accepter la réalité d’une vie « banale »., ordinaire. Cette idée liée au couple m’a assez marquée. En effet, je trouve bouleversant dans ce film de voir un couple qui se rend compte un jour qu’il vit en dessous de ses rêves. C’est quelque chose qui n’est pas souvent traité dans le cinéma (je crois), et cela invite à de très nombreuses et très intéressantes discussion.

Personnellement, j’ai été touché aussi par l’impossibilité de faire un choix. Le choix du réalisme ou celui du rêve. Un peu comme dans le récent « Two Lovers » où Joaquim Phoenix devait choisir entre une relation avec de l’aventure et une avec de la sécurité. Le dilemme entre raison et désir. Nous sommes tous tiraillés, je crois, entre une vie telle qu’elle devrait être et une vie telle qu’elle est. Au début du film, les deux amants semblent convaincus par l’idée d’aller à Paris, symbole de leur vie rêvée. Et le spectateur est de tout cœur avec eux, et sent revivre en lui certains rêves. Tout le monde avait envie de croire Di Caprio lorsqu’il dit vouloir quitter le « trou vide sans espoirs ». Mais tout le monde sera d’autant plus touché que par après il faudra quitter toutes ces illusions. Et le pire, je trouve, c’est que ce couple ne pourra jamais être heureux parce qu’il a voulu croire en cette vie belle, en cet espoir de bonheur. Oui, je crois que c’est ça le plus dramatique de tout le film : croire en ses rêves peut tuer.

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks Pictures

« Les noces rebelles » parle aussi beaucoup du mensonge. C’est-à-dire le secret caché derrière les apparences. Les voisins qui font semblant de mener une vie réussie, avec une belle maison, un couple fidèle, une famille unie, etc… Même constat pour les collègues de travail de Di Caprio, qui semblent tous satisfaits de travailler péniblement toute la journée. L’illusion, thème cher à Mendes et surtout à American Beauty. Dans les deux films, on observe un voisinage qui a tout le bonheur matériel nécessaire mais qui n’est pas heureux de son quotidien. Thème également présent dans « les sentiers de la perdition » avec un petit enfant qui découvre brutalement que son père est un gangster. Le triste secret caché derrière l’apparence de bonheur… Et il faut bien l’admettre : ce quatrième long métrage ne renouvelle en rien cette thématique que Mendes semble tellement affectionner. Pour moi il copie les idées d’American Beauty à ce niveau-là.

La seule vraie différence entre les deux, je l’ai dit, c’est que cette fois nous avons toute l’histoire centrée sur un couple. Et le couple au cinéma, c’est un thème déjà étudié maintes et maintes fois, et cela a procuré de nombreux grands films. C’est un thème que j’aime bien en général, comme en témoigne mon coup de cœur pour le déjà évoqué « Two Lovers » sorti l’année passée. Mais le dernier Mendes ne s’inscrira pas dans la lignée des plus grands, je le crains. Pourtant il y avait quelques éléments intéressants. Placer l’histoire dans les « happy fifties » américaines permet de revenir sur une période où les gens rêvaient, où la femme commençait à s’émanciper. En effet, Kate Winslet incarne en quelque sorte une « desperado housewives » avant l’heure. Une femme dont le quotidien est trop petit pour la grandeur de ses rêves. Une femme qui veut dépasser son rôle de mère au foyer, mère de famille. Elle incarne une actrice ratée qui ne peut accepter sa vie ordinaire. Cela dit, il ne fallait pas une vision du couple révolutionnaire pour faire partie des meilleurs films sur le couple. Car si James Gray a utilisé une histoire déjà vue cent fois dans « Two Lovers » , il a réussi à y instaurer sa griffe, pour en faire un film original et bouleversant. Et la patte de Sam Mendes, je ne l’ai pas sentie du tout dans ces noces rebelles…

Kate Winslet. DreamWorks Pictures

C’est le plus gros défaut du film selon moi. Tout ce que American Beauty avait réussi à éviter se retrouve dans « Revolutionnary Road ». Là où on trouvait de l’inventivité, de l’originalité dans la mise en scène, on a maintenant de la platitude, de la banalité. Le premier Mendes avait une mise en scène appropriée au rêve (cf les scènes surréalistes), le quatrième en a une appropriée à la réalité. Et la mise en scène de la réalité, j’ai beaucoup de mal à m’y faire. Surtout que je ne suis pas convaincu que Mendes maîtrise ce genre de réalisation. Bien sur il arrive à créer une ambiance de huis clos dans cette grande villa confortable. Je sais bien que c’était le traitement esthétique approprié au vu du sujet, mais il ne fallait pas, je crois, arriver à cette froideur totale. Je pense que je sais pourquoi il a aimé faire le film de cette façon : cela lui a rappelé son expérience de metteur en scène au théâtre.

Mais le théâtre filmé, c’est vraiment très lourd je trouve. Et comme souvent, un gros défaut apparaît : le film est bavard. Les personnages ne font que parler ! Aucune émotion ne passe par la caméra, tout est dans les dialogues. Ils sont remarquablement biens écrits, certes, mais lorsqu’on parle de cinéma, cela est totalement non approprié je trouve. Les Noces rebelles en pièce de théâtre ? J’aurais adoré !!

Kevin Spacey et Mena Suvari.

Non je dois dire qu’il y a quand même un ou deux plans qui valent la peine, Mendes ce n’est pas un réalisateur de téléfilms non plus. Je pense surtout à la fin, (SPOILERS donc !!) , une image assez marquante au niveau du traitement des couleurs (oui j’aime bien ce thème en ce moment ^^), à la fin lorsque Kate Winslet a décidé d’avorter, elle est habillée tout de blanc, puis se met devant la fenêtre, et l’on voit une tâche rouge grandir dans sa robe. Ou plus loin encore, lorsque Di Caprio sourit devant la balançoire en regardant ses enfants, ou le plan final tout simplement, où enfin l’on ne joue plus sur le terrain des mots ^^

Il y a aussi un élément que j’apprécie pas mal dans ce film, et qui permet justement de sortir d’un cadre réaliste, c’est le personnage de Michael Shannon, le fils des voisins qui est présenté comme « malade ». Il est le seul de tous les voisins à en pas vivre dans le mensonge, et c’est pour cela qu’il est directement « marginalisé » par tous les autres. Une idée scénaristique plus qu’intéressante qui semblerait confirmer la triste conclusion selon laquelle il faut vivre dans le mensonge pour être heureux. La tension obtenue lors des scènes avec ce personnage qui vient piéger nos héros en leur révélant leurs 4 vérités est assez intense. Au niveau du jeu d’acteur, ces scènes sont en tout point remarquables.

Michael Shannon. DreamWorks Pictures

Vous aurez deviné la subtile transition vers une autre grande qualité du film : le couple Jack et Rose enfin réunis après 11 onze ans d’absence ! Et nous pouvons être sûr que la comparaison avec Titanic est pertinente. En effet, Sam Mendes (qui avec son passé théâtral est un maître de la direction d’acteur) a certainement pris un malin plaisir à détruire tout ce qui faisait le couple du film de James Cameron. Beaucoup ont voulu imaginer Kate et Leo se retrouver, se marier, avoir des enfants. Mais auraient ils imaginé voir ce couple ne pas trouver le bonheur ensemble ?

Pour la peine, ils ont mérité un paragraphe chacun , ce qui n’arrive pas tout le temps !

Leonardo Di Caprio est un employé de bureau sans relief, un bon « ouvrier » ancré dans le système, exactement de la même façon que le personnage de Kevin Spacey dans American Beauty. Pour la première fois de sa carrière je crois, Di Caprio interprète un homme normal, et même un homme faible, un anti-héros (et même, son premier film sans grand budget j‘ai l‘impression). C’était donc peut être son rôle le plus dur à incarner, et il faut reconnaître que le contrat est plus que rempli. On se sent plongé dans les doutes du personnage, on se sent proche de lui et de ses différentes évolutions. Très grande performance en homme normal donc !

Leonardo DiCaprio. DreamWorks Pictures

Kate Winslet est une femme au foyer désespérée avant l’heure, on l’a dit. Le féminisme naissant des années 50 se sent assez fort. Une mère de famille qui ne peut accepter son triste quotidien, son quotidien dix fois trop petit pour ses rêves. Même lorsque son mari aura choisi la voie du conformisme, elle restera convaincue que sa vraie vie doit avoir lieu à Paris. Kate Winslet, dans ce film, c’est une femme froide et toujours sur le mode déprime, et ça s’arrête là. Rien dans son jeu ne permet de rendre ce personnage sympathique. Grande performance, tout en justesse.

Les deux acteurs de Titanic ont éprouvé une grande joie à se retrouver, c’est certain. Les noces rebelles, c’est un film pour Leo et Kate, sans aucun doute. Il ne manque que Mendes, que son humour, son inventivité visuelle, et surtout sa distanciation. American Beauty prenait du recul par rapport à la réalité, les noces rebelles la colle au plus près.

Voilà la raison de ma déception, même si il y a des raisons de se satisfaire. Ce film aura au moins provoqué plusieurs discussions intéressantes, et celle qui va suivre maintenant, avec Yass entre autre, ne fera que confirmer cela !

Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. DreamWorks Pictures

 
Les Noces rebelles - ma note pour ce film :
Réalisé par Sam Mendes
Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, ...
Année de production : 2008
Le cinéma est un art haut en couleurs !

Le cinéma est un art qui peut être rapproché d’autres domaines. Le cinéma est rapproché à la littérature lorsqu’on parle de scénario, de dialogues, de mots. Mais lorsqu’on parle d’images, il serait plus juste de rapprocher le cinéma avec la peinture. Et dans la peinture comme sur un écran de cinéma, j’aime beaucoup apprécier un mélange artistique de couleurs. Loin de moi l’idée de nier toutes les qualités du septième art en noir et blanc, mais le cinéma moderne a su utiliser la couleur pour prendre encore une dimension supplémentaire. Les couleurs ont souvent un intérêt symboliques, accentuant tel ou tel sentiment. Elles ont aussi et surtout un simple intérêt esthétique, sublimant tel personnage ou tel décor.

L’ambition du présent article est de simplement décrire quelques films et quelques réalisateurs qui ont accordé de l’importance au traitement des couleurs dans la composition de leurs plans.

Cet article ne prétend pas une seconde être une analyse pertinente prenant en compte toute l’histoire du cinéma. Il n’est pas non plus de mon désir de tenter de trouver absolument une signification à chaque couleur dans chaque plan. Il s’agit simplement d’une appréciation subjective de plusieurs œuvres qui ont marqués ma cinéphilie. Les analyser avec le traitement des couleurs comme critère m’a permis de les voir sous un œil un peu différent. En espérant que cela sera également votre cas, je vous souhaite une bonne lecture.

(NB : si vous n’avez pas vu l’un des films dont je parle, sautez le paragraphe car je révèle des scènes clés)

A tout seigneur, tout honneur, je voudrais commencer par l’un de mes Maîtres depuis longtemps : Sir Alfred Hitchcock. Le maître du suspens a commencé sa carrière avec le noir et blanc, qu’il a conservé à plusieurs reprises même après l’apparition de la couleur (« Psychose » ).

L’une de ses principales obsessions relève du domaine des couleurs : la fixation pour les héroïnes blondes. Blondes parce que symbolisant la fausse innocence, blonde pour la beauté de la femme venue en ange salvateur pour que l’homme puisse atteindre la rédemption. Elles ont été interprétées par Grace Kelly, Kim Novak, Tippi Heldren, Eva Marie Saint, Doris Day, et sans la couleur Ingrid Berman ou Janet Leigh.

Il devient difficile pour moi de ne pas encore avoir évoqué « Vertigo ». Sommet de la carrière du grand Hitch de mon ressenti, il pousse jusqu’à son paroxysme l’obsession de la chevelure en faisant mourir son héroïne (Kim Novak) puis en la faisant ressusciter avec une chevelure différente, et une couleur différente. Kim Novak la blonde devient brune. Et James « Scottie » Stewart en est tellement obsédé qu’il lui achète des vêtements semblables à ceux qu’elle portait avant de « mourir » , avant de lui demander de retrouver la coiffure et la blondeur de celle qu’il a aimée.  Ce changement de couleur de cheveux de l’héroïne sera réadapté par au moins deux immenses cinéastes influencés par Hitch : David Lynch dans « Lost Highway » et Brian De Palma dans « Body Double »

Kim Novak. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

Cela ne s’arrête pas là. « Vertigo » est un film fascinant pour son traitement des couleurs. Le générique en témoigne, avec un gros plan sur un visage puis un œil sombre, avant que l’image ne devienne rouge et plonge sur l’œil pour se transformer en tourbillons multicolores. Le générique se termine en revenant sur cet œil dans un image rouge, sur lequel apparaît « directed by Alfred Hitchcock ».

Le rouge revient plusieurs fois dans le film. Par exemple, la superbe scène d’apparition de Kim Novak dans le bar (une des plus belles entrées de personnages de tous les temps !). Tous les murs ou presque sont rouges, la couleur revient dans le décor. La caméra quitte James Stewart et s’arrête sur Kim Novak, de dos, habillée d’une robe verte. Le vert qui revient aussi, dans la nature, dans le célèbre « effet vertigo » inventé par Hitch sur ce film. N’oublions pas le bleu, plus pacifique, couleur du ciel , couleur de la mer devant laquelle les deux héros s’embrassent (et le montage parallèle baisers-vagues)

Signalons aussi, naturellement, la splendide séquence du cauchemard de Scottie, avec de nombreuses couleurs venant « infiltrer » le cadre , d’abord du violet et du bleu, ensuite un délire animé multicolores, avant de revenir sur le rouge pour Scottie faisant une chute et marchant dans le cimetière.

Si la mémoire vous trahit, http://www.youtube.com/watch?v=byCBl5LajQU&feature=related

Au fait je vous ai déjà dit que Vertigo était l’un de mes films préférés ? J

Après ce témoignage d’amour, je voudrais aussi plus brièvement revenir sur un autre film du maître, moins inoubliable mais néanmoins superbe, « Pas de printemps pour Marnie ». Ce thriller comprend une dimension un peu plus « psychanalytique » que les autres. Sir Alfred utilise énormément les couleurs pour symboliser cela. En effet (Spoilers) le personnage de Marnie a subi un trouble pendant l’enfance dont elle n’est toujours pas guérie : il s’agit d’un meurtre qu’elle a commis pour défendre sa mère. Cela fait qu’elle est traumatisée par le sang (et sa couleur rouge) , qui a causé des cauchemars pour elle. Comme dans Vertigo, Hitchcock utilise un filtre rouge pour « colorier » son cadre, dans les scènes de flash backs qui renvoient à ce trouble (chaque fois que le personnage repense à cet événement, le cadre devient rouge)

Je m’arrête ici pour le grand Hitch qui possède plus que probablement encore d’autres grands films possédant un traitement des couleurs fascinant (rappelez vous les flashs à la fin de « rear window »…)

Je voudrais maintenant aborder un film assez marquant découvert récemment , il s’agit de "Bleu"de Kieslowski, premier volet de la trilogie « bleu,blanc,rouge ». C’est peut être ce film qui est à l’origine de cet article, tant j’ai été touché par ce long métrage qui attribue à une couleur son titre. J’ai noté une superbe esthétique pour ce drame qui fait passer toutes les émotions par la puissance des images et de la musique , en accordant un rôle primordial aux couleurs, et à la couleur bleue qui revient comme un leitmotiv dans le film. Premier plan : une voiture bleu avance sur l’autoroute. Une petite fille enlève le papier bleu entourant sa sucette. Plus loin , une main balance un hochet bleu de gauche à droite, ça pourrait être le balancement du destin. Et celui-ci tourne du mauvais côté puisque la voiture se crache.

Juliette Binoche incarne cette femme qui perd sur le même instant son mari et son enfant. Le film montre son difficile deuil, et sa douleur ne passe jamais par des pleurnicheries puisque tout est suggéré dans les couleurs qui entourent le personnage. Elle surmontera le deuil par la musique et par l’amour retrouvé. Juliette fuit la douleur, en allant par exemple nager sous l’eau bleue de la piscine. Le Bleu revient dans les éléments décoratifs des différents endroits où s’installe Juliette, il y a des jeux d’ombre et de reflets avec ces objets. Le sommet est atteint lors de la scène finale, en une séquence toute la puissance des couleurs et de la musique se trouvent réunis : SPOILERS la lumière passe à travers le pendule bleu (symbole du temps qui a passé), et s’ouvre après un fondu sur les deux nouveaux amants qui son passés à l’acte. Il va de soi que je suis impatient de découvrir les deux autres volets de la trilogie.

Juliette Binoche. Collection Christophe L.

Restons dans le bleu et dans le bleu qui donne son titre au film. « Le grand bleu » ? Non , non je voulais parler de David Lynch et de son « Blue Velvet ».

Le bleu a une importance symbolique, présent dès le début : le bleu du générique laisse place au bleu ciel (avec la caméra qui descend sur une barrière blanche avec des roses). Le bleu ciel symbolise à mon avis la cité idéale avec illusion de bonheur, (vision carte postale du rêve américain). Et la noirceur va progressivement s’ intégrer dans cette petite cité.

Il y a une différence marquée entre deux éléments : le centre de la ville, sa face extérieure, qui est remplie de couleurs, et puis de l’autre côté les couleurs sombres de l’intérieur (une chambre, une salle de spectacle).

Mullholand Drive est également intéressant à étudier de ce point de vue. On retrouve une idée semblable à Vertigo mais qui est comme dédoublée : les deux héroïnes deviennent blondes ou noires, et même leurs prénoms s’inversent selon que l’on est dans le rêve ou la réalité.

Je n’analyserai pas en détails, mais je vais suggérer quelques indices. Déjà, au festival de Cannes, avant de présenter le film, David Lynch himself avait donné 10 indices au spectateur pour qu’il puisse tenter de comprendre le film. Parmi celles-ci, on trouve « observez bien les moments où la lampe rouge apparaît » , et « qui donne la clé bleu et pourquoi ? ».  Mon ami yass avait déjà tracé quelques pistes en mentionnant les scènes clés avec un drap rouge orangé (cf l’article suivant :

http://yass.blogs.allocine.fr/index.blog?blog=yass&tool=&page=2&f=1&themeID=16293) . Cela montre selon moi que Lynch utilise ici les couleurs comme indices pour le spectateur, notamment avec le rouge. En ce qui concerne la clé bleue, elle se trouve dans le sac de Rita depuis le début, et représente en quelque sorte la clé du rêve. Elle permettra d’ouvrir une mystérieuse boite bleue, ce qui va arrêter le rêve.

Nous n’avons pas encore évoqué l’un des plus grands : Stanley Kubrick, pour lequel j’ai choisi de me pencher une fois de plus sur « Eyes Wide Shut », film qui n’en finit pas de nous fasciner.

Extrêmement psychologique, Eyes Wide Shut est l'un des films les plus visuel de Kubrick, jouant énormément sur les couleurs et leurs symboliques. J’ai noté trois couleurs au moins qui ont leur importance dans les plans du film testament du grand Stanley. D’abord le rouge, couleur du désir, de la tentation (sexuelle). Le rouge des rideaux et du lit du couple, celui du lit de la cliente qui fait des avances à Tom Cruise, le rouge enfin qui prédomine dans la secte, notamment sur le sol et dans le costume du « gourou » .

Ensuite, le jaune est très présent, il pourrait représenter la trahison. C’est en tout cas une symbolique souvent utilisée avec cette couleur. Un bel exemple de cela se trouve au début du film, lorsque Nicole Kidman danse avec le Hongrois lors de la fête. Il y a une abondance de jaune dans cette scène, un jaune lumineux, luxueux. Souvent les scènes de tromperie dans le film sont forts éclairées. Le jaune éclaire Kidman lorsqu’elle avoue fantasmer sur un marin. En opposition à cela, les scènes où le couple est « en fidélité », c’est la couleur bleue qui l’emporte, un bleu sombre, celui de la nuit à travers les fenêtres de la chambre. Je vous avoue avoir néanmoins une interrogation : lorsque Cruise a des visions sur Kidman et le marin, l’écran est teinté de bleu. Parce qu’il se fait des illusions, que sa femme est en réalité fidèle ? Comme souvent chez les grands artistes, il y a beaucoup de choses que l’on ne comprendra jamais

Tom Cruise.

Pour rester dans les chefs d’œuvres poétiques sur le couple, impossible pour moi de ne pas penser ) « 2046 » de Wong Kar Waï, tant son esthétique me bouleverse. (Vous pouvez trouver une petite analyse de In The Mood For Love sur ce blog).

Il y a dans ce deuxième volet , selon moi, un décalage important entre les couleurs chaudes (rouge et jaune) , pour le désir, pour le rêve.

On constate cela dès le départ, avec la gare du futur et ses « spirales » en bleu, avec dans le train une lumière rouge, avec Maggie Cheung qui « flotte » dans l’air devant une sorte de coquillage jaune. Les couleurs froides, par contre, me semblent représenter la réalité. Après générique, Tony Leung quitte Singapour pour hong kong , on est dans la réalité : il y a dominance de la couleur noire. La couleur rouge est aussi présente pour le désir, elle est dominante lorsque on voit T Leung accumuler les soirées et les flirts (dancings, bars, …)La couleur verte est dominante dans l’hôtel, où la situation de couple est difficile (réalité) . J’adore les passages où l’on plonge dans le roman érotique 2046 avec la couleur rouge dominante, pour la fuite vers un ailleurs, fuite de la réalité et de ses couleurs sombres.

J’aime beaucoup aussi la scène a deux dans le taxi la nuit , filmée presque en noir et blanc et au ralenti. T.Leung s’endort et met sa main sur la jambe de Gong Li, qui discrètement l’enlève, mais elle laisse la tête de l’homme contre son épaule. D’ailleurs on retrouve vers la fin une répétition de cette scène avec Maggie Cheung à la place de Gong Li dans la voiture (c’est un fantasme de T.Leung qui veut retrouver son passé). Et encore plus loin dans le film, tout à la fin, la scène est répétée avec le même homme seul dans la voiture… Le dernier plan est d’ailleurs une répétition de la première scène (l’espèce de coquillage géant) mais en quasi noir et blanc.

Conclusion : 2046 se construit par un mélange de couleurs et de noirceurs , de couleurs chaudes et froides, ce sont les couleurs qui donnent le rythme au film

Ne quittons pas le cinéma asiatique et voyons maintenant une autre de ses merveilles : « épouses et concubines » par Zhang Yimou. Cette fois-ci, la couleur est également présente dans le titre, en anglais où le film est connu comme « raise the red lantern ». En effet, les lanternes rouges ont toute leur importance dans le scénario. Le rouge comme symbole du désir , une fois de plus : le maître de maison fait allumer les lanternes chez la femme chez qui il a envie de dormir ce soir-là. Le réalisateur fait preuve de distanciation en filmant l’amour de loin, montrant un lit couvert par un voile rouge. Ce que j’apprécie tout particulièrement dans la mise en scène, c’est que le réalisateur préfère filmer le lieux que le personnage. Il suggère sans cesse la puissance du lieux qui pousse le personnage hors du cadre, notamment avec les lanternes rouges. La tragédie du film se déroule en trois actes, au rythme des saisons, ce qui donne une liberté à l’esthétique du film. Et comment ne pas parler de cette splendide séquence sous la neige à la fin ? Grande poésie des couleurs pour un film esthétiquement magnifique !

On a parlé d’une scène sous la neige ? Mon inconscient me souffle dans la seconde qui suit l’une des plus belles scènes de toute ma vie de cinéphile : Wynona Ryder qui dans sous la neige dans « Edward aux mains d’argent » de Tim Burton. Un cinéaste à l’univers si particulier, où les couleurs ont aussi leurs importances. Il s’agit surtout d’un rapport entre le blanc et le noir, selon moi.

Pour rester dans le même film, on peut parler d’Edward comme du personnage sombre qui vient troubler les couleurs pastels de la cité parfaite, banlieue américaine. L’opposition est volontaire à mon avis, de la même façon qu’il contraste avec la pureté de Kim. C’est là toute la beauté du film, réunir deux être opposés à l’extérieur, le dépassement du stade des apparences.

Je fais le même constat pour « l’étrange noël de Mister Jack » : les héros évoluent au village d’Halloween, où tout est sombre, et tout le monde semble heureux ainsi. Jusqu’à ce que le héros arrive au village de Noël, où tout est blanc. Il s’exclame d’ailleurs dans sa chanson : « what’s this ? What’s this ? There’s Colours everyhwhere ! »

L’autre film d’animation du grand Tim va dans le même sens : le monde des vivants est tout sombre, et le héros découvre le monde des morts, plein de couleurs, plein de « vie » paradoxalement !

Ce contraste se retrouve aussi dans « Charlie et la chocolaterie » : le petit Charlie habite une demeure toute obscure, toute pauvre, évoquant Chaplin et sa « ruée vers l’or ». Et lorsqu’il arrive dans l’usine de chocolat, c’est le déluge des couleurs de partout !

Je voudrais aussi citer, sans avoir trouvé d’explication, une scène que j’adore dans le premier Batman de Burton (d’ailleurs Batman super héros tout en noir confronté à un Joker tout coloré ! ) : Je parle de la scène de musée où le Joker (Jack Nicholson) et ses acolytes s’amusent à mettre pleins de graffitis de couleurs sur des tableaux impressionnistes, repeindre une statue blanche avec les couleurs du Joker , le tout sur une chanson de Prince ! Intéressant : Le Joker refuse que l’on touche à un tableau en particulier, très sombre, et après recherche il s’agit d’une œuvre de Francis Bacon.

Walt Disney Studios Motion Pictures France

Tout cela me donne envie de rester dans l’idée d’opposition entre noir et couleurs, en parlant des quelques incursions de couleurs lorsqu’un film moderne est réalisé dans le noir et le blanc.

-SIN CITY de Robert Rodriguez et Frank Miller. Les deux hommes ont réussi à créer un graphisme original et époustouflant, avec un noir et blanc assez stylisé, un noir et blanc « moderne » en quelque sorte. Quelques touches de couleurs viennent souvent sublimer les images du film. Il s’agit du rouge sang, et l’hémoglobine coulera à flot durant le film. Mais il s’agit aussi du rouge de l’amour, comme avec le lit en forme de cœur au début. En fait l’amour et la mort sont souvent liés dans ce film. D’autres éléments viennent colorer le film, parfois sans raison apparente sinon de surprendre visuellement (exemple les yeux bleus de l’une des complices de Rosaria Dawson)

Josh Hartnett et Marley Shelton. Pan Européenne Edition

-RUSTY JAMES de Francis Ford Coppola, est un film en noir et blanc analysé il y a peu sur ce blog. Je n’ai rien à ajouter, je ne ferais que rappeler que le seul élément de couleur du film est celui des deux poissons combattants (« rumbled fish »), des poissons qui se battent contre leur propre reflet, qui sont la lueur d’espoir dans la noirceur du quartier (qui est en fait vu par les yeux du héros daltonien, donc en noir et blanc !)

-LA LISTE DE SCHINDLER de Steven Spielberg. Film terriblement dur à regarder, car il s’attaque à un sujet on ne peut plus grave : l’Holocauste. Et pourtant il va rechercher la lumière à travers cette horreur en racontant l’histoire d’un homme qui a sauvé des vies durant cette période. Le noir et blanc de cette période sombre voit de te temps en temps des lueurs d’espoir apparaître en lui : le rouge de la robe de la petite fille (innocence et pureté), et la flamme des bougies.

De même, nous pouvons parler de deux films qui mélangent les séquences en couleurs et celles en noir et blanc :

-LES AILES DU DESIR de Wim Wenders, est une très jolie œuvre poétique qui raconte l’histoire de deux anges qui descendent sur terre. Wenders montre à la fois la vision des anges de la ville de Berlin, et la vision normale, « terrestre », celle des humains. Et il fait le choix original de mettre en noir et blanc les scènes du point de vue des anges, et en couleurs celles du point de vue des humains.

Jusqu’à ce que l’un des deux anges, celui interprété par Bruno Ganz, tombe amoureux d’une mortelle, et par amour décide de devenir humain : il passe alors du noir et blanc à la couleur…

Bruno Ganz. Argos Films

-INVASION LOS ANGELES de John Carpenter, est une excellente série Z qui parodie les films d’extra-terrestre en même temps qu’il critique intelligemment le capitalisme à l’excès des années présidées par Ronald Reagan. La bonne idée visuelle du film est de permettre au héros de repérer les extra-terrestres par le moyen de lunettes de soleil magique , et ces fameuses lunettes font voir le monde en noir et blanc, mais le monde sous son visage réel. Les hommes extra-terrestres sont tous des riches, des hommes d’affaire, des banquiers, des hommes politiques ! Et les objets révèlent leurs vrais messages : au lieu d’un panneau publicitaire on voit écrit un ordre : « consomme », sur un billet de 10 dollars on voit écrit « je suis ton Dieu prie pour moi » (à peu près J ). Le noir et blanc est donc utilisé pour montrer la véritable Amérique, tandis que les couleurs en montre le mensonge !!

J’aimerais encore évoquer une couleur qui revient très souvent (de façon symbolique) dans le cinéma, et dans l’art en général : la couleur rouge.

Et pour cela je voudrais revenir sur un film que j’affectionne particulièrement : « American Beauty » de Sam Mendes. Beaucoup de choses se transmettent par les couleurs et les symboles dans ce long-métrage, et le principal est celui de la rose rouge.

Remarquons que le film veut détruire l’illusion de rêve américain, et présente la plupart des maisons de façon peu colorées, sauf l’intérieur de la maison de la famille dont nous suivons les péripéties. Au début du film, Annette Bening coupe des roses dans son jardin. Nous savons que le rouge peut symboliser le désir, la passion. Ce plan montre à mon avis que le personnage de la mère veut absolument « contrôler » ses passions, ne pas être soumises à ses pulsions, pour vivre en conformité avec la société.

Chez Kevin Spacey, le rouge est la tentation à laquelle il va céder dans le but de redonner un sens à sa vie. Vous avez deviné la suite : on le remarque dans les inoubliables scènes de fantasme où il voit la jeune blonde nue dans un bain de roses. Un moment, il rêve d’embrasser cette fille , et une rose sort de sa bouche. Tout est dit sans un mot, le plan est superbe.

Signalons aussi le rouge omniprésent du sang à la fin du film…

Kevin Spacey et Mena Suvari.

Je vais terminer cet article par une série de films marquants par leur utilisation du « rouge sang » justement :

-« Mort A Venise » de Visconti : le personnage principal est un être fini (couleurs sombres)qui tente de retrouver la vie en voyant apparaître à lui un jeune ange à la beauté maléfique(couleurs claires). Il voudra tromper le temps, et pour cela utiliser des artifices (maquillage, coiffure, …)

Cette tentative de tromper le temps causera sa mort : cette scène est un véritable enchantement cinématographique : on voit le sang couler lentement sur son visage, brûlé par le soleil. Inoubliable

- « Kill Bill » de Quentin Tarantino , dans la même famille que « Sin City » fait couleur quelques litres d’hémoglobine. Comment oublier ce traumatisme, vers le milieu du un, lorsqu’un homme reçoit un coup de sabre au niveau de l’entre-jambe et qu’il en coule des litres et des litres de sang ??

De plus, on notera que lors de la bataille finale du 1, le noir et blanc apparaît pour éviter de montrer explicitement la violence. Et il y a bien d’autres plans marquants avec du rouge sang dans ce diptyque.

- « Angel Heart » de Alan Parker, est un film culte pour certains, surestimé selon moi. Mais j’ai au moins retenu une splendide séquence vers la fin, un petit crash surréaliste. On voit en parallèle un acte sexuel, un ventilateur qui tourne, et du sang qui tombe du plafond , le tout sur une musique très bruyante.

- «  La Horde Sauvage » de Sam Peckinpah surnommé à juste titre Bloody Sam. Le traitement du sang chez le réalisateur est très important, très travaillé, et justifie presque la grande violence du film ! Je pense surtout à la dernière partie du film, où Peckinpah parvient à ne pas rendre dérangeant des giclements de sangs pourtant explicites.

- « les Promesses de l’ombre » de David Cronenberg. Un réalisateur qui travaille beaucoup sur le sang et sur le corps humain. Il y a certainement de meilleurs films pour ce thème, mais je ne connais que celui-ci concernant Cronenberg. J’ai été fort marqué par la séquence d’ouverture, qui donne le ton à ce film sanglant : un homme rentre dans une coiffure et égorge un ennemi. Le sang coule sans retenue devant la caméra. Et reviendra souvent dans le film.

- « Shining » enfin, de Stanley Kubrick. Je n’ai jamais vu le film en entier (ça va venir ne vous inquiétez pas), mais un plan plus que les autres m’a traumatisé pour la vie entière : la vague de sang qui descend dans les couloirs de l’hôtel ……………..

merci d'avoir lu , n'hésiter pas à réagir par commentaires, que ce soit pour réagir à l'une de mes visions de film du point de vue de leurs couleurs, pour me proposer d'autres films intéressants de ce point de vue, ou pour tout autre raison !

 
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