Almodovar a perdu sa mère. Figure centrale de ses films, et de sa vie sans doute, on imagine la difficulté à surmonter le dueil. Il emploiera dès lors le cinéma comme un moyen de rédemption, comme pour exorciser tous ces démons. « Todo Sobre Mi Madre », « Hable Con Ella », « Volver » en témoignent, chaque fois de manière différente.
Le cas de Tout Sur Ma Mère m’intéresse particulièrement. Il met en scène Manuela, une femme qui perd son fils. Accablée de douleur, elle finira par accepter le dueil après avoir cherché la rédemption durant tout le long métrage. Cela par deux moyens importants : un retour vers le passé, et une fuite dans l’art.
Retour vers le passé, thème fondamental de l’ami Pedro, qui partage cela avec par exemple le Sergio Leone de « il était une fois en Amérique » ou Clint Eastwood. Ici Manuela avait eu son fils Esteban avec un homme qui vit à Barcelone et est devenu transexuel. Manuela va alors quitter sa ville de Madrid pour partir à Barcelone affronter ce passé, personnifié par le personnage de « Lola ».
Il y a de la même façon le personnage de Rosa qui a abandonné ses parents et les retrouvera à la fin en acceptant leurs différences respectives. Manuela qui devient d’aillleurs une sorte de mère de substitution pour Rosa.
La rédemption artistique, par ailleurs, me touche encore plus. Manuela avait rencontré le père de son enfant en jouant au théâtre le rôle de Stella dans « un tramway nommé désir ». Elle verra à Barcelone une troupe rejouer cette pièce, elle ira y rencontrer l’actrice interprète de Stella (et « cause » de la mort d’Esteban). Les plus belles scènes du film sont là : on voit la pièce interprétée et puis Manuela la spectatrice qui récite les répliques, et puis encore après Manuela remonter sur scène pour jouer ce rôle qu’elle connaît par cœur. Mise en abyme, et superbe manière de la part d’Almodovar de représenter ses références culturelles.
De la même manière, le personnage d’Agradezco ira aussi se libérer de ses démons en montant sur scène vers la fin lorsque la pièce est annulée. Elle fera alors un monologue bouleversant en se moquant d’elle-même et de toutes les transformations qu’elle a fait subir à son corps.
J’adore voir dans les films d’Almodovar plusieurs arts différents s’entre-mêler. Le théâtre ici, la danse puis le cinéma muet dans « Parle avec elle » ou encore la chanson dans « Volver ». Et je suis tombé par hasard sur un lien passionnant où se conjugent le cinéma et la poésie. Une rencontre entre Pedro Almodovar et Charles Baudelaire !
Une classe de lycée a rédigé comme travail plusieurs poèmes en prose, chacun essayant d’exprimer les tourments habitants l’un des personnages du film.
Dans chaque texte, une citation du recueil « le spleen de Paris » de Baudelaire.
http://www.clermont-filmfest.com/03_pole_regional/lyceens08/almodovar/poemes.html
Almodovar et Baudelaire, deux artistes que j’admire, et il m’était impossible de ne pas essayer de moi aussi me prendre au jeux !

Sans lui je ne suis plus personne
Vite, fuir cet immonde destin
Je pars ailleurs, au plus loin
Adieu Madrid, hola Barcelone
J’admire déjà les lumières catalanes
Et les belles nuits, univers rassurant
Que j’aime que tout soit différent
Il me faut retrouver Esteban
Ah que j’aimerai remonter le temps
Comme hier tout parait sécurisant
Vivons le passé, adieu le présent ?
Hier comme je me sentais vivant !
La lumière vient de mon hier
C’est en elle que je peux viser demain
En elle que je reviendrai sur terre
Que je vivrai à nouveau en humain
Le passé est mon philtre, mon vin
C’est en lui que je noie ce vieil ennemi
Ce n’était pas une fuite en vain
Je souris à niveau aujourd’hui
Je peux enfin revenir chez les vivants
Encore un peu morte, sans doute
Mais je peux continuer ma route
Et à nouveau aimer un enfant
(la passé est mon philtre, mon vin, en lui se noie ce vieil ennemi est emprunté à Baudelaire, « le poison » dans les fleurs du mal -écrit de mémoire, pas vérifié-)

Avec Cecilia Roth, Marisa Paredes, Candela Pena, ...
Année de production : 1998








































